Sujet : Les moujassimah ne sont pas musulmans.
Dans son recueil de Fiqh Chafi’ite « Al-Achbâh wa n-Nadhâ-ir » après avoir mentionné la déclaration de mécréance de l’Imâm Ach-Châfi’i à l’égard des moujassimah (anthropomorphistes) [voir l’article : ici], l’Imâm As-Souyoûti a dit :
« وقال بعضهم : المبتدعة أقسام :
الأول : ما نكفره قطعا ، كقاذف عائشة رضي الله عنها ومنكر علم الجزئيات ، وحشر الأجساد ، والمجسمة ، والقائل بقدم العالم . »
« Certains savants ont dit : les moubtadi’ah (innovateurs dans la croyance) sont de différentes sortes :
La première : ceux que nous déclarons mécréant de façon catégorique, comme celui qui attribue la fornication à ‘Â-ichah (رضي الله عنها) et celui qui nie que Allâh connait le détail des choses et la résurrection des corps, ainsi que les moujassimah (anthropomorphistes) et celui qui prétend que le monde serait sans début.
[Ensuite il mentionne une catégorie de moubtadi’ah qui n’est pas déclarée mécréante et ce, de façon catégorique ;
Puis il mentionne une catégorie de moubtadi’ah sur laquelle il y a divergence sur la déclaration de mécréance] »
Informations utiles :
– L’Imâm, le Hâfidh (spécialiste de la science du Hadîth), le Moufassir (spécialiste de l’exégèse), le Faqîh (spécialiste de la jurisprudence), Abou l-Fadl ‘Abdou r-Rahmân ibnou Abî Bakr Jalâlou d-Dîn as-Souyoûti est un grand savant Chafi’ite reconnu par toute la communauté musulmane. Il est né en 849 au Caire et il est décédé en 911 de l’hégire au Caire (رحمه الله) c’est-à-dire il y a environ 520 ans. Certains l’ont désigné comme le moujaddid du 10ème siècle de l’hégire (c’est-à-dire celui qui revitalise la science de la religion).
- ‘Abdou l-Qâdir Ibn Mouhammad Ach-Châdhili (l’un de ses élèves) a dit à son sujet : « Notre maître (sayyidounâ wa mawlânâ), l’illustre et grand enseignant […] Chaykhou l-Islâm, l’héritier des sciences des prophètes (‘alayhimou s-salâm), celui qui était sans égal à son époque, unique en son temps, celui qui anéantit l’innovation blâmable et qui revivifie la sounnah […] l’Illustre savant, l’océan de science, le très intelligent […] le savant de la religion sans équivalent, l’Imâm de ceux qui appellent à la guidée, celui qui réprime les moubtadi’ah (innovateurs dans la croyance) et les athées, le Sultan des savants, le porte parole des défenseurs de la croyance (moutakallimîn), Le chaykh de l’Islâm et des musulmans, celui qui appelle à la voie agréée par Allâh, l’Imâm des mouhaddithîn (spécialiste du Hadîth) de son époque et de son temps » [Jalâlou d-Dîn As-Souyoûti : Ma’lamatou ‘ouloûmi l-Islâmiyyah]
- Chamsou d-Dîn Ad-Dâwoûdi (l’un de ses élèves) a dit de lui : « Il était le plus savant des gens de son époque dans la science du Hadîth et ses ramifications » [Chadharâtou dh-Dhahab].
- Ibnou ‘Imâd Al-Hanbali a dit à son sujet : « Le Hâfidh (spécialiste de la science du hadîth) […] le Chafi’ite, le mousnid, l’examinateur scrupuleux, l’auteur d’ouvrages excellents et bénéfiques » [Chadharâtou dh-Dhahab].
– Ici, l’Imâm As-Souyoûti indique que les moubtadi’ah (ceux qui ont innové dans la croyance) sont répartis en différents groupes :
- Un groupe qui est déclaré mécréant de manière catégorique (c’est-à-dire sans divergence) et il a mentionné parmi eux les moujassimah (anthropomorphistes), c’est-à-dire ceux qui attribuent à Allâh le corps et les caractéristiques des corps (telles que les organes, les membres, la couleur, l’endroit, la direction, la composition etc).
- Un groupe qui n’est pas déclaré mécréant.
- Et un groupe sur lequel il y a divergence sur leur mécréance.
– Cette parole de l’Imâm As-Souyoûti est confirmé de lui dans un autre de ses ouvrages dans lequel il a dit : « Celui qui est devenu mécréant par son innovation, et cela comme le dit l’auteur (An-Nawawi) du commentaire de Al-Mouhadh-dhab : le moujassim (anthropomorphiste) et celui qui nie que Allâh connait le détail des choses ... » [Tadrîbou r-Râwî].
– En effet l’Imâm An-Nawawi mentionne dans son livre « Al-Majmoû’ Charhou l-Mouhadh-dhab » : « Et nous avons certes mentionné que celui qui est devenu mécréant par son innovation, la prière n’est pas valable derrière lui […] et parmi ceux qui sont devenu mécréant il y a celui qui attribue clairement le corps [à Allâh] ».
– Le Chaykh Al-Mounâwi a tenu des propos semblable en disant : « Quant à celui qui devient mécréant par son innovation, c’est comme celui qui renie la connaissance de Allâh en prétendant qu’il ne connait pas le détail, ou qui prétend que Allâh serait un corps, ou qu’Il serait dans une direction. De même celui qui dit que Allâh est en contact avec le monde ou détaché de lui ». [Faydou l-Qadîr]
– Retrouvez d’autres paroles de savants confirmant le fait qu’attribuer le corps à Allâh est de la mécréance : ici .
– Retrouvez d’autres paroles de savants confirmant le fait qu’attribuer l’endroit ou la direction à Allâh est de la mécréance : ici .











































Août 19
L’Imâm Al-Qourtoubi explique le verset {wa houwa ma’akoum} et la nécessité de l’interprétation
Sujet : Explication du verset {wa houwa ma’akoum}
Dans son célèbre tafsîr, lors de l’explication du verset 4 de Soûrat Al-Hadîd, l’Imâm Al-Qourtoubi a dit :
« { وَهُوَ مَعَكُمْ } يعني بقدرته وسلطانه وعلمه { أَيْنَ مَا كُنتُمْ وَٱللَّهُ بِمَا تَعْمَلُونَ بَصِيرٌ } يبصر أعمالكم ويراها ولا يخفى عليه شيء منها. وقد جمع في هذه الآية بين { ٱسْتَوَىٰ عَلَى ٱلْعَرْشِ } وبين { وَهُوَ مَعَكُمْ } والأخذ بالظاهرين تناقض فدل على أنه لا بدّ من التأويل، والإعراضُ عن التأويل ٱعتراف بالتناقض. »
« Allâh ta’âlâ dit : {wa houwa ma’akoum} [traduction mot à mot : et Il est avec vous] c’est-à-dire par Sa puissance, Sa souveraineté, et Sa science {ayna mâ kountoum wa l-Lâhou bimâ ta’maloûna basîr} [traduction mot à mot : où que vous soyez, et Allâh voit ce que vous faites] Il voit vos actes, et aucun d’eux ne Lui échappe. Et certes Allâh a réunis dans ce verset [Sa parole] {Istawâ ‘ala l-‘Arch} [qui signifierait selon le sens apparent – qui n’est pas correct – que Allâh serait assis ou établi sur le trône] et [Sa parole] {wa houwa ma’akoum} [qui signifierait selon le sens apparent – qui n’est pas correct – que Allâh serait situé dans l’endroit dans lequel nous sommes] et le fait de les prendre (ces deux parties du verset) selon leur sens apparents amène à une contradiction, et cela est une preuve qu’il est nécessaire d’avoir recours à l’interprétation (ta-wîl), et l’opposition à l’interprétation (ta-wîl) amène à la contradiction.
[puis il cite une parole de l’Imâm Al-Jouwayni [à retrouver : ici ]»
Informations utiles :
– Le Moufassir (exégète) Mouhammad Ibnou Ahmad Al-Ansâri Al-Qourtoubi est décédé en 671 de l’Hégire (رحمه الله) c’est-à-dire il y a plus de 760 ans. Il est du madh-hab (Ecole de jurisprudence) de l’Imâm Mâlik. Son tafsîr « Al-Jâmi’ou li Ahkâmi l-Qour-ân » est une référence incontournable.
– Ici, l’Imâm Al-Qourtoubi explique le verset : { وَهُوَ مَعَكُمْ أَيْنَ مَا كُنتُمْ} (wa houwa ma’akoum ayna mâ kountoum) [soûrat Al-Hadîd / 4] en expliquant que ce qui est visé ici c’est que Allâh est avec nous par Sa puissance, Sa souveraineté et Sa science, c’est-à-dire que ce verset ne signifie pas que Allâh serait avec nous par Son Etre, c’est-à-dire par Lui-même. Ainsi il n’est pas valable de croire que Allâh serait « partout » ou « dans tout les endroits », et cette croyance est rejetée à l’unanimité.
– Ensuite l’Imâm Al-Qourtoubi explique que dans ce même verset Allâh ta’âlâ dit à Son sujet : {Istawâ ‘ala l-‘Arch} et aussi {wa houwa ma’akoum}, et le fait de prendre ces deux parties du verset selon son sens apparent amène à une contradiction, et il n’y a pas de contradiction dans le Qour-ân, ainsi il est nécessaire d’avoir recours à l’interprétation. En effet le fait de prendre le sens apparent de la parole de Allâh : {Istawâ ‘ala l-‘Arch} amène à la croyance des moujassimah (corporalistes) qui considèrent que Allâh serait assis ou établi sur le trône, et le fait de prendre le sens apparent de la parole de Allâh : {wa houwa ma’akoum ayna mâ kountoum} amène à la croyance des jahmiyyah qui eux considèrent que Allâh serait partout, ou dans tout les endroits.
– Les savants de l’Islâm ont dénoncé ces deux croyances et les ont considérés comme étant de la mécréance. En effet :
– Le Chaykh Ibn Hamdân a dit : « Ahmad [Ibn Hambal] reniait ceux qui disent que Allâh est dans tous les endroits » [Nihâyatou l-Moubtadi-în].
– L’Imâm Al-Bayhaqi a dit : « Et ce que nous avons mentionné de parmi les versets est une preuve de l’infondé de la parole de ceux qui prétendent, de parmi les jahmiyyah, que Allâh ta’âlâ serait par Son Être dans tous les endroits. Et Sa parole ‘Azza wa Jall : { وَهُوَ مَعَكُمْ أَيْنَ مَا كُنتُمْ} (wa houwa ma’akoum ayna mâ kountoum) [soûrat Al-Hadîd / 4] ce qu’Il en a voulu est : par Sa science et non par Son Être» [Al-I’tiqâd]
– L’Imâm Al-Ghazâli a dit : « S’est trompé celui qui a dit que Allâh est dans tous les endroits ; et tout ceux qui lui ont attribué l’endroit et la direction se sont humilié et se sont égaré » [Al-Arba’în fî Ousoûli d-Dîn]
– L’Imâm Ibn Hajar Al-‘Asqalâni a dit : « Et ont contredit cela certains mou’tazilah qui ont dit que Allâh est dans tous les endroits, et cela est une ignorance claire » [Fat-hou l-Bârî]
– Le Chaykh ‘Abdou l-Wahhâb Ach-Cha’râni rapporte de ‘Ali Al-Khawwâs qu’il a dit : « Il n’est pas permis de dire que Allâh ta’âlâ est dans tous les endroits comme l’ont dit les Mou’tazilah et les Qadariyyah » [Al-Yawâqît wa l-Jawâhir]
– Le Chaykh Ismâ’îl Haqqi Al-Hanafi a dit : « Celui qui attribue à Allâh ta’âlâ un endroit alors il fait partie des moujassimah (ceux qui attribuent le corps à Allâh), et parmi eux il y a les ignorants qui se revendiquent [mensongèrement] du Soufisme et qui disent que Allâh est dans tous les endroits » [Rapporté par le Chaykh Mahmoûd As-Soubki Al-Azhari dans son livre Ad-Dîn Al-Khâlis]
– Quant à celui qui dirait “Allâh est partout” ou “dans tout les endroits” en comprenant de ces expressions que Allâh sait toute chose, qu’Il voit tout et qu’Il entend tout, tout en ayant pour croyance que Allâh n’est pas concerné par les endroits, alors il n’est pas déclaré mécréant, bien que les termes qu’il ait utilisé soient blâmable. L’Imâm Ibnou Foûrak a dit à ce sujet : «Le sens est correct mais l’expression utilisée est interdite (mamnoû’)» [Mouchkilou l-Hadîth].
– Le Chaykh Khalîl Daryân Al-Azhari a dit : « Sache qu’il n’est pas permis de dire que Allâh est dans tous les endroits, même si celui qui dit cela comprend de cette expression corrompue (fâçidah) que Allâh sait toute chose » [Ghâyatou l-Bayân fî Tanzîhi l-Lâhi ‘ani l-Jihati wa l-Makân]
– L’interprétation est de deux sortes :
L’Imâm Aboû Hanîfah concernant l’Istiwâ [Al-Wasiyyah]
L’Imâm Aboû Hanîfah concernant le Yad [Al-Fiqh al-Akbar]
L’Imâm Mâlik concernant l’Istiwâ [rapporté par Al-Qayrawâni] et [rapporté par Al-Bayhaqi] et [rapporté par Al-‘Azzâmi] et [rapporté par Al-Qourtoubi] et [rapporté par Ibn Kathîr]
L’Imâm Ibn Hibbân concernant le hadîth du Nouzoûl [Dans son Sahîh]
L’Imâm Ibn ‘Abbâs concernant le Sâq [Rapporté par At-Tabari] et [Rapporté par Al-Bayhaqi]
L’Imâm Al-Boukhâri concernant le Wajh [Dans son Sahîh]
L’Imâm Ahmad concernant « wa jâ-a rabbouka » [Rapporté par Al-Bayhaqi] et [Rapporté par As-Sa’di] et [Rapporté par Al-Hisni]
L’Imâm At-Tabarâni concernant l’Istiwâ [Dans son tafsîr]
Ces deux voies qui sont toutes les deux correctes ont en commun de ne pas prendre le sens apparent. Remarquons que les savants du Salaf, bien qu’ils utilisaient majoritairement l’interprétation globale, ils avaient quelque fois recours à l’interprétation détaillée également, comme cela apparaît dans les exemples ci-dessus.
– L’Imâm Ibnou l-Jawzi, dans son livre Al-Majâlis, réplique à ceux qui prétendent que les savants du Salaf n’ont pas réalisé d’interprétations [Al-Majâlis].
– Consultez également l’explication de l’Imâm Ar-Râzi concernant le verset 4 de Soûrat Al-Hadîd [Dans son tafsîr]
– Retrouvez d’autres articles concernant le fait qu’il n’est pas permis de croire que Allâh serait partout ou dans tout les endroits : ici.
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