Sujet : Allâh existe de toute éternité sans endroit
Dans son livre «It-hâfou s-Sâdati l-Mouttaqîn» (tome 2 page 36 de cette édition), l’Imâm Az-Zabîdi rapporte que l’Imâm Ach-Châfi’i (رحمه الله) a dit :
« إنه تعالى كان ولا مكان فخلق الـمكان وهو على صفة الأزلية كما كان قبل خلقه الـمكان لا يجوز عليه التغيِير فى ذاته ولا في صفاته »
« Allâh ta’âlâ existe de toute éternité alors qu’aucun endroit n’est de toute éternité. Il a créé l’endroit en ayant l’attribut de l’exemption de début, tout comme avant la création des endroits, le changement n’est pas possible selon la raison à Son sujet, ni pour Son Être ni pour Ses attributs »
Informations utiles :
– L’Imâm, le Moujtahid –jurisconsulte– Mouhammad Ibnou Idrîs Ach-Châfi’i est l’un des savants les plus connus, c’est une référence incontournable pour tous les musulmans. C’est un savant du salaf (c’est-à-dire ayant vécu dans les trois premiers siècles de l’hégire), il est né en 150 et il est décédé en 204 de l’Hégire (رحمه الله) c’est-à-dire, il y a environ 1230 ans. Il est l’Imâm de l’école (madh-hab) Chafi’ite.
- L’Imâm Abou l-Haçan As-Soulami a dit à son sujet : « Mouhammad Ibn Idrîs Ach-Châfi’i est le savant à la tête du second siècle [de l’Hégire] (c’est-à-dire le moujaddid – savant revivificateur)» [Rapporté par le Hâfidh Ibnou ‘Açâkir dans Tabyînou kadhibi l-Mouftari]
– Cette parole est rapportée par le Hâfidh –mémorisateur des chaînes de transmission du hadîth–, le Loughawi –spécialiste de la langue–, le Faqîh – spécialiste de jurisprudence–, Mouhammad Mourtadâ Az-Zabîdi Al-Hanafi mort en 1205 de l’Hégire (رحمه الله).
– Son livre « It-hâfou s-Sâdati l-Mouttaqîn » est un commentaire du livre « Ihyâ-ou ‘Ouloûmi d-Dîn » de l’Imâm Aboû Hâmid Al-Ghazâli, décédé en 505 de l’hégire (رحمه الله).
– L’Imam Ach-Châfi’i explique ici plusieurs points importants de la croyance :
1 : Que le changement est impossible selon la raison au sujet de Allâh : ni pour Son Être ni pour Ses attributs.
2 : Que Allâh existe de toute éternité alors qu’aucun endroit n’existe de toute éternité. Donc après avoir créé les endroits, Allâh ne change pas, c’est-à-dire qu’Il existe toujours sans endroit.
– Le fait d’être dans un endroit et le fait de changer sont deux caractéristiques propres aux créatures. Allâh est Le Créateur de l’endroit et c’est Lui qui crée le changement. Il n’est donc pas concerné par cela.
– L’Imâm Ach-Châfi’i, lorsqu’il a été interrogé au sujet de l’istiwâ de Allâh, il a répondu : « J’ai cru fermement en cela sans assimilation, j’en ai reconnu la véracité sans attribuer d’image, je me suis fait à l’idée que j’étais incapable d’en atteindre la réalité et je me suis abstenu d’engager une discussion à ce sujet d’une totale abstention » [Rapporté par l’Imâm Ahmad Ar-Rifâ’i]. C’est-à-dire qu’il a accepté les termes mentionnés dans le Qour-ân sans leur donner un sens impliquant l’assimilation (tachbîh) comme la position assise, l’installation, ou l’établissement sur le trône. Cette citation de l’Imâm Ach-Châfi’i, en plus de l’Imâm Ahmad Ar-Rifâ’i, est mentionnée par :
- L’Imâm Al-‘Izz Ibn ‘Abdi s-Salâm dans son livre « Hallou r-Roumoûz » ;
- Le Chaykh Taqiyyou d-Dîn Al-Hisni dans son livre « Daf’ou choubahi man chabaha wa tamarrad »,
- Le Chaykh Ahmad Zarroûq Al-Fâçi dans son Charh ‘Aqîdati l-Imâm Al-Ghazâli ;
- Et beaucoup d’autres savants.
– Ibnou Kathîr mentionne également la position de l’Imâm Ach-Châfi’i concernant l’un des versets au sujet de l’istiwâ, qui est d’y croire sans assimilation, sans comment et sans prendre le sens apparent (comme la position assise ou l’établissement). [Dans son tafsîr]
– De même, l’Imâm Ibn Hajar Al-‘Asqalâni rapporte la croyance de l’Imâm Ach-Châfi’i concernant les textes équivoques (moutachâbih) qui est d’y croire dans leur globalité, en exemptant Allâh du comment (kayfiyyah) et de toute assimilation (tachbîh), et sans prendre ces textes selon leurs sens apparents. [Dans son livre Fat-hou l-Bârî]
– Il est également rapporté que l’Imâm Ach-Châfi’i considérait mécréant ceux qui croient que Allâh est assis sur le trône :
- Le Qâdî Houçayn a dit : « Ach-Châfi’i –que Allâh lui fasse miséricorde- a dit textuellement […] : celui qui croit que Allâh ta’âlâ est assis sur le trône il est jugé mécréant, et la prière n’est pas valable derrière ceux-là » [Dans son livre At-Ta’lîqah]
- Le Chaykh Al-Qourachi qui a dit : « Ceci est de la mécréance selon l’Unanimité et nous déclarons mécréant ceux qui se réclament de l’Islâm qui disent que la Parole de Allâh est créée et ceux qui disent que Allâh ne sait pas les choses avant leur existence et celui qui ne croit pas en la Prédestination et celui qui croit que Allâh est assis sur le trône tout comme a rapporté ce jugement Al-Qâdî Houçayn d’après le texte de Ach-Châfi’i » [Dans son livre Najmou l-Mouhtadi]
- Le Chaykh Ibnou Ar-Rif’ah qui a dit : « Et ceux que nous avons déclaré mécréants parmi les gens de la Qiblah sont par exemple ceux qui croient que le Qour-ân serait créé, que Allâh ne saurait pas les choses inexistantes avant qu’elles n’existent, et ceux qui ne croient pas en la prédestination, également ceux qui croient que Allâh serait assis sur le Trône comme l’a cité le Qâdî Houçayn du texte de Ach-Châfi’i. » [Dans son livre Kifâyatou n-Nabîh]
– Sachez également que l’Imâm Ach-Châfi’i considérait également mécréants ceux qui attribuent le corps ou la direction à Allâh. Voir à ce sujet :
- Le livre du Chaykh Moullâ ‘Ali Al-Qâri : ici ;
- Le livre du Chaykh Al-Haytami : ici ;
- Le livre de l’Imâm As-Souyoûti : ici ;
- Et le livre du Chaykh Mahmoûd As-Soubki : ici.
– Retrouvez d’autres paroles de savants concernant le fait que Allâh n’est pas concerné par le changement : ici.







Juin 03
L’Imâm An-Nawawi explique le hadîth «koullou bid’ah dalâlah» et les différentes sortes d’innovations.
Sujet : L’Imâm An-Nawawi et les bonnes innovations.
L’Imâm An-Nawawi, dans son charh (commentaire) du Sahîh Mouslim (tome 6 pages 154-155 de cette édition) lorsqu’il a commenté le hadîth qui contient la phrase « koullou bid’atin dalâlah wa koullou dalâlatin fi n-nâr » qui signifierait selon le sens apparent « Toute innovation est égarement et tout égarement est au feu », il a dit :
« قوله صلى الله عليه وسلم : ( وكل بدعة ضلالة ) هذا عام مخصوص ، والمراد غالب البدع .
قال أهل اللغة : هي كل شيء عمل على غير مثال سابق . قال العلماء : البدعة خمسة أقسام : واجبة ، ومندوبة ومحرمة ، ومكروهة ، ومباحة . فمن الواجبة : نظم أدلة المتكلمين للرد على الملاحدة والمبتدعين وشبه ذلك . ومن المندوبة : تصنيف كتب العلم ، وبناء المدارس والربط وغير ذلك . ومن المباح : التبسط في ألوان الأطعمة وغير ذلك . والحرام والمكروه ظاهران .
وقد أوضحت المسألة بأدلتها المبسوطة في تهذيب الأسماء واللغات ، فإذا عرف ما ذكرته علم أن الحديث من العام المخصوص . وكذا ما أشبهه من الأحاديث الواردة ، ويؤيد ما قلناه قول عمر بن الخطاب – رضي الله عنه – في التراويح : نعمت البدعة ، ولا يمنع من كون الحديث عاما مخصوصا . قوله : ( كل بدعة ) مؤكدا ( بكل ) ، بل يدخله التخصيص مع ذلك ، كقوله تعالى : تدمر كل شيء . »
« La parole du prophète (صلى الله عليه وسلم) « wa koullou bid’atin dalâlah» est [un texte] de portée générale dont le sens est restreint (‘âm makhsoûs), et ce qui est visé est « la plupart des innovations » (ghâlibou l-bida’).
Les spécialistes de la langue ont dit [qu’une bid’ah] est toute chose qui est faite sans avoir eu de modèle précédemment. Les savants ont dit : les bid’ah sont de cinq sortes : obligatoire, recommandée, interdite, déconseillée, et permise. De parmi celles qui sont obligatoires il y a le fait que les théologiens aient rassemblé des preuves contre les athées, les innovateurs [dans la croyance], et les gens de leur sorte. De parmi celles qui sont recommandées il y a le fait de composer des livres de science de la religion, le fait de construire des madrassah, ainsi que d’autres choses. De parmi celles qui sont permises il y a : le fait de diversifier les types de nourriture, et d’autres choses. Quant à celles qui sont interdites ou déconseillées, elles sont évidentes.
Et j’ai déjà clarifié cette question avec ses preuves de manière détaillée dans [mon livre] Tahdhîbou l-Asmâ-i wa l-Loughât, donc dès lors que l’on sait ce que j’y ai cité, on a su que ce hadîth fait partie des textes de portée générale mais qui ont été restreints (al-‘âmou l-makhsoûs), et il en est de même pour ce qui ressemble à cela de parmi les hadîth révélés.
De plus, ce qui appuie ce que nous avons cité est la parole de ‘Oumar Ibnou l-Khattâb (رضي الله عنه) au sujet du Tarâwîh, lorsqu’il a dit : « ni’matou l-bid’ah » (Quelle bonne innovation). Rien n’empêche donc ce hadîth d’être de portée générale mais d’avoir été restreint (‘âm makhsoûs).
Quant à la parole « koullou bid’ah »: il est certain que le mot « koull » a été utilisé, cependant le mot « koull » accepte le fait d’être spécifique comme dans Sa parole ta’âlâ :
« تُدَمِّرُ كُلَّ شَيْءٍ » «toudammirou koulla chay » (soûrat Al-Ahqâf verset 25)
qui signifie : «Il [le vent que Allâh a envoyé pour châtier le peuple du prophète Hoûd] a anéanti tout [ce que Allâh a prédestiné qu’Il anéantisse de leurs habitations et autres] »
Informations utiles :
– L’Imâm, le Hâfidh (spécialiste de la science du Hadîth), le Faqîh (spécialiste de la jurisprudence) Aboû Zakariyyâ Mouhyi d-Dîn Yahyâ Ibnou Charaf An-Nawawi est un savant de référence. Il est né en 631 et il est décédé en 676 de l’hégire (رحمه الله), c’est-à-dire il y a plus de 750 ans. C’est un savant dans l’école de jurisprudence Chafi’ite. Son commentaire du sahîh de l’Imâm Mouslim est très célèbre. Il a écrit d’autres livres tels que « Riyâd as-Sâlihîn » (le jardin des vertueux), et le recueil de 40 hadîth très connus.
– Ici il explique le hadîth du messager de Allâh (صلى الله عليه وسلم) qui contient la phrase « koullou bid’ah dalâlah wa koullou dalâlah fi n-nâr » et il explique en argumentant, que ce hadîth est sujet à la restriction, puis il dit que ce qui est visé c’est la plupart des innovations.
– Et cette parole de l’Imâm An-Nawawi est l’avis de l’ensemble des savants. L’Imâm ‘Abdou l-Lâh Al-Ghoumâri a dit : « Les savants ont été en accord sur le fait que la parole du prophète ” وكل بدعة ضلالة ” (wa koullou bid’atin dalâlah) est un texte de portée générale mais dont le sens est restreint (‘âm makhsoûs)» [Itqânou s-San’ah].
– L’Imâm An-Nawawi a cité comme preuve, pour expliquer le mot « koull », le verset dans soûrat Al-Ahqâf en rapport avec le vent lorsqu’il a anéanti le peuple de ‘Âd à l’époque du Prophète Hoûd. On comprend de ce verset que le vent a anéanti « koull » chose et qu’après on ne voyait que leurs habitations. Il est mentionné dans la âyah le terme « koull » et pourtant le vent n’a pas détruit les habitations, ni les montagnes, ni les cieux. Le terme « koull » ici n’est pas dans l’absolu. Donc ce que veut nous montrer l’Imâm An-Nawawi c’est que parfois, comme nous le prouve le Qour-ân, le mot « koullou » en arabe ne veut pas toujours dire « tout » dans l’absolue, mais parfois il a un sens spécifique.
– L’Imâm An-Nawawi dit également que les innovations sont de cinq sortes : obligatoire, recommandée, interdite, déconseillée, et permise.
– Parmi ses arguments, il y a aussi la parole de ‘Oumar Ibnou-l Khattâb, le compagnon et second Calife (رضي الله عنه) : « ni’matou l-bid’ah » c’est-à-dire « Quelle bonne innovation ». Cette parole de ‘Oumar a été rapporté par l’Imâm Al-Boukhâri [Dans son Sahîh] et l’Imâm Mâlik [Dans Al-Mouwatta]. Et beaucoup de savants se sont appuyé sur cette parole de ‘Oumar pour confirmer qu’une innovation peut être bonne, parmi eux :
– Dans ce passage, l’Imâm An-Nawawi nous renvoie à l’un de ses autres ouvrages « Tahdhîb al-Asmâ-i wa l-Loughât » dans lequel il a dit : « L’innovation (al-bid’ah) dans la Loi de l’Islam, c’est innover ce qui n’existait pas à l’époque du Messager, elle se divise en bonne et en mauvaise innovation. L’Imâm, le Chaykh, à propos duquel il y a unanimité sur le fait qu’il est un guide, sur sa grandeur, sur sa maîtrise de nombreuses sortes de sciences et sur le fait qu’il y excellait, Aboû Mouhammad ‘Abdou l-‘Azîz Ibnou ‘Abdi s-Salâm, que Allâh lui fasse miséricorde et que Allâh l’agrée, a dit à la fin de son livre Al-Qawâ’id : L’innovation est divisée en : obligatoire, illicite, recommandée, déconseillée, et permise. Il a dit : le moyen pour cela est de soumettre l’innovation aux règles de la Loi de l’Islam, si elle entre dans le cadre du devoir, elle est alors un devoir, ou dans le cadre de l’interdiction, elle est alors illicite, ou dans le cadre de la recommandation, elle est alors recommandée, ou dans le cadre du déconseillé, elle est alors déconseillée, ou dans le cadre de la permission, elle est alors dans ce cas permise ». Fin de citation de An-Nawawi [Tahdhîb al-Asmâ-i wa l-Loughât].
– Ces citations nous prouvent que bien avant le groupe apparu aujourd’hui qui prétend qu’il ne peut y avoir de bonnes innovations, il y a eu des savants de références qui ont écrit des ouvrages expliquant les différentes sortes d’innovations. En effet, ce hadîth a toujours été dans le Sahîh Mouslim. Est-ce que quelqu’un croit sérieusement qu’il a fallu attendre des contemporains pour savoir que le Prophète avait dit “koullou bid’ah dalâlah” et pour comprendre sa signification ?
– Le prophète (صلى الله عليه وسلم) a lui même enseigné qu’une innovation peut être bonne et récompensée par sa parole qui a pour sens : « Celui qui instaure dans l’Islâm une bonne tradition (sounnah) en aura la récompense et l’équivalent de la récompense de ceux qui œuvreront avec après lui, sans que leurs récompenses ne soient diminuées en rien ; et celui qui instaure dans l’Islâm une mauvaise tradition (sounnah) se chargera de son péché et de l’équivalent du péché de ceux qui œuvreront avec après lui, sans que leurs péchés ne soient diminués en rien. » [Rapporté par Mouslim]
– Dans un autre passage de son ouvrage, l’Imâm An-Nawawi explique justement ce hadîth en le prenant comme preuve et incitation à accomplir de bonnes innovations. Puis il ajoute que ce hadîth restreint le hadîth ” وكل بدعة ضلالة ” (wa koullou bid’atin dalâlah) [Retrouvez l’article : ici].
– De parmi les innovations obligatoires, l’Imâm An-Nawawi mentionne le fait de répliquer aux athées et aux moubtadi’oûn (mauvais innovateurs) comme ceux qui ont innové dans la croyance. Il a dit à ce sujet dans son livre « Al-Majmoû’ Charhou l-Mouhadh-dhab » : « Et nous avons certes mentionné que celui qui est devenu mécréant par son innovation, la prière n’est pas valable derrière lui […] et parmi ceux qui sont devenu mécréant il y a celui qui attribue clairement le corps [à Allâh] ». Ainsi selon l’Imâm An-Nawawi, les moujassimah (corporalistes) ont une croyance innovée qui est de la mécréance et à laquelle il est un devoir de répliquer. Les moujassimah sont ceux qui attribuent à Allâh le corps (le corps : c’est ce qui a une longueur, une largeur et une profondeur) et les caractéristiques des corps comme : l’endroit, la limite, la direction, la couleur, le mouvement, l’immobilité, la position (assise, debout, allongée…), la forme, l’image et ce qui est du même ordre.
– Retrouvez d’autres citations de savants concernant les innovations : ici.
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