Sujet : Interprétation des gens du Salaf
Dans son Tafsîr « Ma’âlim At-Tanzîl », lors de l’explication du verset 22 de Soûrat Al-Fajr, l’Imâm Al-Baghawi a dit :
« {وجاء ربك} قال الحسن : جاء أمره وقضاؤه وقال الكلبي : ينزل حكمه »
« {wa jâ-a Rabbouka} Al-Haçan [Al-Basri] a dit : Viendra l’ordre de ton Seigneur et Son jugement. Et Al-Kalbi a dit : Descendra Son jugement ».
Informations utiles :
– L’Imâm, le Hâfidh (spécialiste de la science du hadîth), le Faqîh (spécialiste de la jurisprudence), le Moufassir (exégète) Aboû Mouhammad Al-Houçayn Ibnou Mas’oûd Al-Baghawi est né 433 et il est décédé en 516 de l’Hégire, (رحمه الله) c’est-à-dire il y a plus de 900 ans. Il est du Madh-hab (école de jurisprudence) de l’Imâm Ach-Châfi’i.
– Ici, l’Imâm Al-Baghawi rapporte l’interprétation de l’Imâm Al-Haçan Al-Basri du verset 22 de Soûrat Al-Fajr, à savoir que c’est l’ordre de Allâh et Son jugement qui viendront au jour du jugement, et non Allâh Lui-même. Cette interprétation de Al-Haçan Al-Basri a été rapportée par d’autres savants comme l’Imâm Al-Qourtoubi [Dans son Tafsîr].
– Puis il rapporte une interprétation similaire de Al-Kalbi, à savoir que c’est le jugement de Allâh qui descendra au jour dernier.
– Note : Dans l’édition Dâr Taybah, il y a un manquement lors de l’interprétation de Al-Kalbi, le terme « حكمه » n’est pas présent, ce qui altère le sens. Il se peut qu’il s’agisse d’un oubli, tout comme d’une falsification.
– L’Illustre successeur des compagnons (tâbi’i), l’Imâm Aboû Sa’îd Al-Haçan Ibn Abi l-Haçan Yaçâr Al-Basri est né en 21 et est décédé en 110 de l’Hégire (رحمه الله), c’est-à-dire il y a environ 1325 ans. Il fut l’un des savants de l’Islâm les plus réputé, de nombreux compagnons et autres savants de l’Islâm ont fait son éloge.
– Mouhammad Ibn As-Sâ-ib Al-Kalbi est décédé en 146 de l’Hégire.
– Ainsi, ce verset ne veut pas dire que c’est Allâh Lui-même qui viendra comme l’ont prétendu certains anthropomorphistes. L’Imâm Ach-Chahrastâni a dit à ce sujet : « En ce qui concerne les expressions révélées (c’est-à-dire présentes dans le Qour-ân ou la Sounnah) telles que « al-istiwâ », « al-wajh », « al-yadayn », « al-janb », « al-majî » [comme dans le verset wa jâ-a Rabbouka], « al-ityân », « al-fawqiyyah » et d’autres que celles-ci, les anthropomorphistes les prennent selon leur sens apparent, je veux dire telles qu’elles sont comprises lorsqu’elles sont employées au sujet des corps » [Al-Milal wa n-Nihal]
– Cette interprétation à également été rapportée de l’Imâm Ahmad Ibn Hanbal dans de nombreux ouvrages de savants. Parmi eux :
- Le Hâfidh Al-Bayhaqi, avec une chaîne de transmission authentique comme le mentionne Ibnou Kathîr [Al-Bidâyah wa n-Nihâyah]
- L’Imâm Ibnou l-Jawzi Al-Hanbali [dans son livre Daf’ou Choubahi t-Tachbîh]
- Le Chaykh Ahmad Ibn Hamdân Al-Hanbali [dans son livre Nihâyatou l-Moubtadi-în]
- Le Chaykh Taqiyyou d-Dîn Al-Hisni [Daf’ou choubahi man chabbaha wa tamarrad]
- Le Chaykh As-Sa’di Al-Hanbali [Al-Jawhar Al-Mouhsal]
- Le Chaykh Moujîrou d-Dîn Al-‘Oulaymi Al-Hanbali [dans son tafsîr]
- Le Chaykh Al-Kawthari [dans son introduction du livre Al-Asmâ-ou wa s-Sifât]
– Cette citation est une preuve supplémentaire confirmant le fait que les musulmans du Salaf avaient quelquefois recours à l’interprétation détaillé (ta-wîl).
– Le Chaykh Ibn Hamdân Al-Hanbali a dit : « Et [l’Imâm] Ahmad a certes interprété certains versets et certains hadîths comme le verset de an-najwâ, ainsi que Sa parole { أَن يَأْتِيَهُمُ اللّهُ} [an ya-tiyahoumou l-Lâh] et il a dit qu’il s’agit de Sa puissance (c’est-à-dire les manifestations de Sa toute puissance) et Son ordre. Et Sa parole {وَجَاء رَبُّكَ} [wa jâ-a rabbouk] et il a dit qu’il s’agit de Sa puissance. Et Ibnou l-Jawzi [Al-Hambali] a mentionné ces deux interprétations [de l’Imâm Ahmad] dans « Al-Minhâj » et il a, quant à lui, penché vers le fait de prendre les versets tels qu’ils sont parvenus sans en donner d’explications, et Ibn ‘Aqîl [Al-Hambali] a interprété de nombreux versets et khabar. Et [l’Imâm] Ahmad a interprété la parole du prophète (صلى الله عليه وسلم) : « الحجر الأسود يمين الله في الارض » [al-hajarou l-aswad yamînou l-Lâhi fi l-ard] et ce qui est similaire » [Nihâyatou l-Moubtadi-în]. Cela nous indique que bien que la voie majoritaire des savants du Salaf était de ne pas procéder à l’interprétation, il est toutefois arrivé que certains d’entre eux, à l’image de l’Imâm Ahmad Ibn Hambal, la pratique dans certains cas. Et il en est de même concernant les savants du madh-hab Hambalite.
– De nombreux autres savants ont donné des explications similaires, parmi eux :
- L’Imâm Al-Bayhaqi qui dit que le Majî de Allâh n’est pas un mouvement ou un déplacement [Dans son livre Al-I’tiqâd] et il explique qu’il est valable de se contenter d’accepter le majî sans comment (bilâ kayf) [Dans son ouvrage Al-I’tiqâd] en niant par cette expression le déplacement ou le mouvement à l’égard de Allâh.
- L’Imâm Al-Jouwayni (m.478 H.) qui a dit : « Le sens du majî n’est pas le déplacement et la disparition [d’un endroit à autre], Allâh est exempt de cela, mais le sens de Sa parole { وجاء ربك } « wa jâ-a Rabbouk » c’est-à-dire l’ordre de ton Seigneur viendra, ainsi que Son jugement » [Dans son livre Al-Irchâd]
- L’Imâm Al-Baghawi [Dans son tafsîr]
- L’Imâm Ibnou l-Jawzi [Dans son livre Daf’ou Choubahi t-Tachbîh]
- L’Imâm Al-Qourtoubi [Dans son tafsîr]
- L’Imâm Ibnou Abî Jamrah (m.699 H.) qui a dit : « La parole de Allâh ta’âlâ { وجاء ربك والملك } « wa jâ-a Rabbouka wa l-malak » c’est-à-dire : l’ordre de ton Seigneur viendra ; et ceci [ce genre de formulation] est très utilisé dans la langue arabe » [Dans son livre Bahjatou n-Noufoûs]
- L’Imâm Mahmoûd Al-Qoûnawi Al-Hanafi (m.771 H.) a dit : « Il n’est pas permis d’attribuer à Allâh la venue (majî) et l’aller (dhahâb) [c’est-à-dire le mouvement et le déplacement] car cela fait partie des attributs des créatures et des caractéristiques des choses entrées en existence, ce sont donc deux attributs qui sont rejetés concernant Allâh ta’âlâ. Ne vois-tu pas comment [le prophète] Ibrahîm -عليه السلام- a argumenté sur le fait que ce qui se déplace d’un endroit à un autre endroit n’est pas Dieu, lorsqu’il a dit : {فَلَمَّا أَفَلَ قَالَ لَا أُحِبُّ الْآفِلِينَ} [ce qui signifie] «Je n’adore pas les choses qui disparaissent».» [Al-Qalâ-id fî Charh Al-‘Aqâ-id]
- L’Imâm Mahmoûd Al-Qoûnawi Al-Hanafi (m.771 H.) a dit : « Le sens de la parole de Allâh ta’âla {وجاء ربك} « wa jâ-a Rabbouka » est : viendra l’ordre de ton Seigneur» [Al-Qalâ-id fî Charh Al-‘Aqâ-id]
- L’Imâm Ath-Tha’âlibi [Dans son tafsîr]
- Et autres qu’eux.
– Les savants de l’Islâm, qu’ils soient du Salaf ou du Khalaf, sont unanimes a exempter Allâh des caractéristiques des corps comme le mouvement et le déplacement. Nous pouvons citer parmi eux :
- L’Imâm Al-Mâtourîdi [Kitâbou t-Tawhîd]
- Le Hâfidh Ibn Hibbân [Dans son Sahîh]
- L’Imâm Al-Khattâbi
- L’Imâm Al-Halîmi [Rapporté par Al-Bayhaqi]
- L’Imâm Ibn Battâl
- Abou l-Fadl At-Tamîmi Al-Hambali qui a dit concernant le hadîth du nouzoûl : « Et il n’est pas possible à Son sujet le déplacement et l’incarnation dans les endroits » [Rapporté par Ibn Hamdân dans Nihâyatou l-Moubtadi-în]
- Ibnou l-Bannâ Al-Hambali qui a dit concernant le hadîth du nouzoûl : « On ne dit pas que cela a lieu par un mouvement ou un déplacement » [Rapporté par Ibn Hamdân dans Nihâyatou l-Moubtadi-în]
- L’Imâm Al-Bâqillâni [Al-Insâf]
- L’Imâm Al-Bayhaqi [Al-I’tiqâd]
- L’Imâm Al-Isfarâyîni [At-Tabsîrou fi d-Dîn]
- L’Imâm Ach-Chirâzi [Al-Ichârah]
- L’Imâm Al-Jouwayni
- L’Imâm Al-Ghazâli [Ihyâ-ou ‘Ouloûmi d-Dîn]
- Le Qâdî Ibn Rouchd Al-Jadd [Al-Mouqaddimât al-Moumahhadât]
- L’Imâm An-Naçafi (m.508 H.)
- Le Chaykh Ibn ‘Aqîl Al-Hambali a dit concernant le hadîth du nouzoûl : « Ce n’est pas par la disparition (d’un endroit à un autre) ou un déplacement, et ce n’est pas comme notre nouzoûl […] devient mécréant celui qui assimile Allâh à ce qu’Il a créé » [Rapporté par Ibn Hamdân Nihâyatou l-Moubtadi-în]
- L’Imâm Ibn Al-Jawzi [Saydou l-Khâtir] et [Daf’ou Choubahi t-Tachbîh]
- L’Imâm Al-Qourtoubi : [Dans son Tafsîr (1)] et [Dans son Tafsîr (2)]
- L’Imâm An-Nawawi [Charh Sahîh Mouslim (1)] et [Charh Sahîh Mouslim (2)]
- L’Imâm Al-Baydâwi [Rapporté par Ibn Hajar] et [Rapporté par Az-Zourqâni]
- Le Chaykh Mouhammad At-Tîbi
- Le Loughawi Ibn Mandhoûr [Liçânou l-‘Arab]
- Le Qâdî Ibn Jamâ’ah [Idâhou d-Dalîl]
- Le Chaykh ‘Abdou l-Lâh Al-Yamani
- L’Imâm Tâjou d-Dîn As-Soubki
- L’Imâm Taqiyyou d-Dîn Al-Hisni [Daf’ou choubahi man chabbaha wa tamarrad]
- L’Imâm Ibn Hajar Al-‘Asqalâni qui mentionne l’unanimité du Salaf et du Khalaf [Charh Sahîh Al-Boukhâri (1)] et [Charh Sahîh Al-Boukhâri (2)]
- Le Chaykh Badrou d-Dîn Al-‘Ayni qui a dit : «Il est impossible d’attribuer à Allâh ta’âlâ l’endroit et le nouzoûl dans le sens du déplacement » [Dans son commentaire du Sahîh Al-Boukhâri]
- L’Imâm As-Sanoûçi qui a dit : «Il est impossible au sujet de Allâh ta’âlâ […] le mouvement et l’immobilité » [Dans son traité de croyance Al-Moufîdah li l-Wildân wa n-Niçâ-i l-Mou-minât]
- L’Imâm Al-Qastallâni
- La Chaykh Moullâ ‘Ali Al-Qâri
- L’Imâm Az-Zourqâni [Charh du Mouwatta de l’Imâm Mâlik]
- Le Chaykh Ahmad Ridâ [Qawâri’ou l-Qahhâr]
- Le Chaykh Mahmoud As-Soubki, qui mentionne l’unanimité des savants du Salaf et du Khalaf [It-hâfou l-Kâ-inat (1)] et [It-hâfou l-Kâ-inat (2)]
- L’ancien Moufti d’Egypte, le Chaykh Mouhammad Bakhît Al-Moutî’i Al-Hanafi Al-Misri qui a dit : «Il est impossible d’attribuer à Allâh ta’âlâ l’endroit et le nouzoûl dans le sens du déplacement » [Dans son livre Al-Kalimâtou t-Tayyibâtou fî Ma-thoûri ‘ani l-Isrâ-i wa l-Mi’râj mina r-Riwâyât]
- Le Chaykh Al-‘Azzâmi qui mentionne l’unanimité du Salaf et du Khalaf [Fourqânou l-Qour-ân]
- Le Hâfidh ‘Abdou l-Lâh Al-Ghoumâri
- Le Chaykh Al-Harari [As-Sirâtou l-Moustaqîm]
- et beaucoup d’autres…
– Le Hâfidh Ibnou l-Qattân Al-Fâçi Al-Mâliki (m.628 H.) a dit : « Et ils [les gens de la Sounnah, du Salaf et du Khalaf] ont été unanimes que Allâh yajî au jour du jugement […] et Son majî n’est pas un mouvement ni un déplacement » [Al-Iqnâ’]
– Certains savants ont mentionné de manière explicite dans leurs ouvrages que le fait d’attribuer à Allâh le mouvement ou le déplacement est de la mécréance. Parmi eux :
- L’Imâm Abou l-Haçan Al-Ach’ari [Rapporté par As-Soubki]
- Le Qâdî ‘Abdou l-Wahhâb Al-Mâliki qui mentionne l’unanimité [Charh ‘Aqîdah Mâlik As-Saghîr]
- L’Imâm Taqiyyou d-Dîn Al-Hisni [Daf’ou choubahi man chabbaha wa tamarrad]
- L’Imâm Al-Kawthari qui mentionne l’unanimité [Maqâlâtou l-Kawthari (1)] et [Maqâlâtou l-Kawthari (2)]
- Ibnou l-Bannâ Al-Hambali qui a dit : « Celui qui prend le nouzoûl dans le sens de quitter un endroit pour en occuper un autre, et du déplacement alors c’est de la mécréance » [Al-Ousoûlou l-Moujarradah].
– Articles à consulter :


