Le jugement de celui qui délaisse la prière [hadîth]

 

Dans son célèbre recueil de hadîth, l’Imâm Aboû Dâwoûd rapporte que le Messager de Allâh  (صلى الله عليه وسلم) a dit :

« خَمسُ صَلَواتٍ كَتَبهنَّ اللهُ على العبادِ، فمن جاء بهنَّ لم يُضَيِّعْ منهنَّ شَيئًا استِخفافًا بحَقِّهنَّ، كان له عند الله عَهدٌ أن يُدخِلَه الجنَّةَ، ومن لم يأتِ بهنَّ فليس له عند اللهِ عَهدٌ؛ إن شاء عَذَّبه، وإن شاء أدخَلَه الجنَّةَ »

Sens en français : « Ce sont cinq prières que Allâh a prescrites pour les esclaves. Celui qui les accomplit, sans en diminuer quoi que ce soit par manque de considération envers leurs mérites, a une promesse de la part de Allâh de le faire entrer au Paradis. Quant à celui qui ne les aura pas accomplies, il n’aura pas de promesse de la part de Allâh : s’Il veut, Il le châtiera [- par Justice de Sa part -] et s’Il veut, Il le fera entrer au Paradis [- par miséricorde de Sa part, c’est-à-dire qu’Il lui pardonnera -] »

Informations utiles :

– L’Imâm, le Hâfidh (spécialiste de la science du hadîth) Aboû Dâwoûd Soulaymân Ibn Al-Ach’ath As-Sijistâni est né en 202 et est décédé en 275 de l’Hégire (رحمه الله), c’est-à-dire il y a plus de 1160 ans. Il fait parti des grands savants du hadîth, et son recueil « Sounan Abî Dâwoûd » fait partie des ouvrages les plus célèbres dans cette science.

– Ce hadîth est rapporté par l’Imâm Aboû Dawoûd, mais aussi par :

  • L’Imâm An-Naçâ-i dans ses Sounan.
  • L’Imâm Ibn Mâjah dans ses Sounan.
  • L’Imâm Ahmad dans son Mousnad.
  • L’Imâm Mâlik dans son Mouwatta.
  • L’Imâm Ad-Dârimi dans ses Sounan.
  • Et d’autres encore…

– Dans ce hadîth, le Messager de Allâh  (صلى الله عليه وسلم) nous enseigne que celui qui n’accomplit pas la prière n’est pas déclaré mécréant. En effet, il a dit au sujet de celui qui ne les accomplit pas « وإن شاء أدخَلَه الجنَّةَ » [sens en français : ] «et s’Il veut, Il le fera entrer au Paradis», et nous savons que Allâh ne pardonne pas la mécréance de celui qui meurt sur la mécréance, et que le mécréant n’entre pas au Paradis.

– Allâh ta’âlâ dit, dans soûrat An-Niçâ / 48 :

« إِنَّ اللهَ لاَ يَغْفِرُ أَنْ يُشْرَكَ بِهِ وَيَغْفِرُ مَا دُونَ ذَلِكَ لِمَنْ يَشَاءُ » 

ce qui a pour sens : « Certes, Allâh ne pardonne pas qu’on adore autre que Lui et Il pardonne ce qui est en-deçà à qui Il veut ». Ainsi dans ce verset Allâh nous apprend qu’Il ne pardonne pas le chirk [et toute autre forme de mécréance].

– Donc ce qui a été rapporté comme hadîth dont le sens apparent comporte la déclaration de mécréance de celui qui délaisse la prière, il n’en est pas visé le sens apparent, mais il est interprété, tel que le hadîth : « بَيْنَ العَبْدِ وَبَيْنَ الْكُفْرِ تَرْكُ الصَّلاَةِ ». Ainsi ce hadîth ne veut pas dire que celui qui délaisse la prière est non-croyant, mais ce qui est visé c’est qu’il ressemble au non-croyant et ceci afin d’indiquer la gravité de son péché.

  • Ibn Qoudâmah Al-Maqdiçi Al-Hambali a dit concernant ces hadîth : « Quant aux hadith précédemment cités, ils sont à comprendre dans le sens de l’indication de la gravité et de la ressemblance aux mécréants, et non au sens propre » [Dans son livre Al-Moughnî]

– En résumé : Le jugement du musulman qui n’accomplit pas la prière obligatoire, c’est qu’il commet un grand péché. Il n’est pas déclaré mécréant tant qu’il ne la renie pas et ne la rabaisse pas. 

– De nombreux savants ont mentionné cela dans leurs ouvrages : 

  • L’Imâm At-Tahâwi a dit : « Celui qui délaisse la prière n’est pas mécréant» [Rapporté par Ibn ‘Abdi l-Barr dans At-Tamhîd]
  • L’Imâm An-Nawawi a dit concernant le jugement de celui qui délaisse la prière, sans renier son obligation : « Il ne sort pas de l’Islam et c’est l’avis authentique (sahîh) des textes qu’a adopté la majorité des savants (al-joumhoûr) » [Dans son livre Al-Majmoû’]
  • L’Imâm An-Nawawi a dit également : « Celui qui délaisse la prière sans renier son obligation, alors il y a deux cas : soit il l’a délaissé en ayant un excuse comme le sommeil, ou l’oublie, alors dans ce cas il doit uniquement la rattraper, et le second cas : il l’a délaissé par paresse, sans excuse, il ne devient pas mécréant selon l’avis correct (sahîh) » [Dans son livre Rawdatou t-Tâlibîn]
  • Le Qâdî Abî Choujâ’ a dit : « S’il délaisse la prière, mais considère qu’elle est tout de même obligatoire, alors il lui est demandé de se repentir… son jugement est celui des musulmans dans le fait de l’enterrer, de le laver, de l’envelopper dans un linceul et de faire la prière funéraire pour lui » [Dans son livre Ghâyatou t-Taqrîb]
  • Le Chaykh Ach-Chirbîni a dit : « S’il la délaisse par paresse ou par négligence, il ne commet pas de mécréance » [Dans son livre Moughni l-Mouhtâj]
  • Egalement il est parvenu dans une Fatwâ de Darou l-Iftâ Al-Misriyyah : « S’il délaisse la prière par paresse, tout en croyant en son obligation, comme c’est le cas de beaucoup de gens, alors il ne devient pas mécréant, mais il est grand pécheur (fâçiq), et il lui est demandé de se repentir avant qu’il subisse une sentence, et ceci est l’avis de Mâlik et de Ach-Châfi’i, ainsi que la majorité des salafs et des khalafs » [Fatwâ n°143 datant du 10 avril 2014]

– Quant à celui qui renie son caractère obligatoire [même par plaisanterie], après avoir su qu’elle est obligatoire, il commet de la mécréance, comme le mentionne :

  • L’Imâm An-Nawawi qui a dit : « S’il délaisse la prière en reniant son obligation, ou alors il renie son obligation mais il n’a pas délaissé l’acte de la prière en apparence, alors il est mécréant, apostat selon l’unanimité des musulmans… Et se rapporte à lui l’ensemble des jugements relatifs aux apostats, que celui qui ait renié soit un homme ou une femme, et ceci s’il a vécu parmi les musulmans.  Quant à celui qui est récemment entré en Islam ou qui a vécu dans un endroit éloigné des musulmans, de sorte qu’il lui ait échappé le caractère obligatoire de la prière, alors il ne devient pas mécréant par le simple fait d’avoir renié son obligation, mais on lui fait savoir l’obligation de la prière, et s’il l’a renie après cela, il devient apostat» [Dans son livre Al-Majmoû’]
  • L’Imâm An-Nawawi qui a dit aussi : « Celui qui délaisse la prière en reniant son caractère obligatoire, alors il devient apostat, et il lui est appliqué les jugements relatifs aux apostats, sauf s’il est récemment entré en Islam, car dans ce cas il est possible qu’il n’ait pas su qu’elle est obligatoire » [Dans son livre Rawdatou t-Tâlibîn]
  • Le Qâdî Abî Choujâ’ qui a dit : « Si celui qui délaisse la prière, la délaisse en considérant qu’elle n’est pas une obligation, alors il a le jugement de l’apostat » [Dans son livre Ghâyatou t-Taqrîb]
  • Le Chaykh Ach-Chirbîni a dit : « Si une personne responsable (moukallaf) délaisse une des cinq prières obligatoires, en reniant son obligation, c’est-à-dire en reniant après avoir su qu’elle est obligatoire, il devient mécréant par le fait d’avoir renier » [Dans son livre Moughni l-Mouhtâj]
  • Le Chaykh Mouhammad ‘Illaych Al-Mâliki a dit : « Celui qui renie l’obligation de la prière ou de ses inclinations ou ses prosternations est mécréant, c’est-à-dire apostat de la religion de l’Islâm, s’il n’est pas quelqu’un qui est récemment entré en Islam » [Dans son livre Minhou l-Jalîl]

1 Commentaire

  1. merci beaucoup,Barak Allahu fikoum pour ces hadits .

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